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«Vous couchez avec nous mais vous votez contre nous»

REPORTAGE Mercredi, plus d'une centaine de travailleuses du sexe manifestaient devant le Sénat à l'occasion des 4e assises de la prostitution.
Par ARTHUR NAZARET

Camille Cabral, fondatrice de l'association du Pastt. Camille Cabral, fondatrice de l'association du Pastt. (Gaetan Nerincx)
Dans les belles rues qui bordent le jardin du Luxembourg, à quelques pas du Sénat, une voix chantante, sortie d’un mégaphone, vient troubler le calme habituel du quartier latin. «Si t’es contre la répression, mets-toi un doigt / Si t’es contre Sarkozy mets-toi deux doigts». Juchées sur d’immenses bottes blanches, maîtresse Zézeta (Thierry dans le civil) lance les slogans, repris en cœur par les autres travailleuses du sexe. Elles sont environ 140 et se dirigent vers le Panthéon. Zézeta reprend: «Vous couchez avec nous / vous votez contre nous», ou encore «On est putes / on est fières / Sarkozy, c’est la guerre». Parmi elles, certaines portent un masque blanc, d’autres une pancarte «Salope unie contre Sarkozy». Des drag-queens déguisés en bonnes sœurs défilent également dans une ambiance festive. Avec sa jupe rouge à peu près aussi grande qu’un gant de toilette, sa longue chevelure et son rouge à lèvres prononcé, Camille Cabral, fondatrice de l’association PASTT (1) se déhanche en tête de cortège. Quelques dizaines de minutes plus tôt, à la tribune des 4èmes Assises de la prostitution, ce transexuel directement sorti d’un film d’Almodovar avait nettement moins l’esprit à rigoler.

Pas de patron mais de l’autogestionÂ
Dans une salle du Sénat, où se déroulent ces Assisses organisées par le  Strass (le syndicat du travail sexuel) et le collectif Droits et Prostitution, Camille Cabral dénonce avec véhémence les maisons closes. «C’est pas pour nous. C’est du proxénétisme d’Etat». Gilda, comme beaucoup d’autres, voudrait en revanche «pouvoir s’associer à plusieurs pour partager les frais de location, de manière autogérée, sans patron». Claude Boucher, des Amis du Bus des femmes, milite aussi pour cette solution. Mais depuis la loi Sarkozy de 2003 pour la sécurité intérieure, «cette utopie s’est arrêtée», explique-t-elle. Pourtant, «on avait fait nos petits calculs, on était prêtes. Faut pas croire, les prostituées sont loin d’être connes ! Et en plus, on est courageuses.» La semaine dernière, la députée UMP Chantal Brunel a relancé le débat, en proposant des «maisons ouvertes» qui seraient «à l'image des cabinets de professionnels, comme les experts comptables». «Elle reprend notre idée tout en déformant le sens que nous en donnons», dénonce le Strass dans un communiqué. Le syndicat craint une ingérence de l'Etat, en obligeant par exemple des dépistages des maladies sexuellement transmissibles (MST).

«Merci de nous avoir permis de vous redonner la parole»Â
Parmi leurs autres revendications, l’abrogation de la loi de 2003 interdisant le racolage passif se trouve en bonne place. Ces travailleuses du sexe demandent aussi l’accès «aux droits du travail, aux cotisations sociales et à la retraite» et la fin des ordonnances de 1960 faisant de la prostitution un des «fléaux sociaux» à combattre. «Merci de nous avoir permis de vous redonner la parole, car c’est souvent les premières concernées qu’on n’entend jamais», ajoute la sénatrice verte Aima Boumediène-Thierry, grâce à qui ces Assises ont pu se tenir au Sénat. Cette élue reconnaît que les travailleuses du sexe ne sont jamais consultées pour l’élaboration des lois qui les concernent. Alors, si cela continue, peut-être descendront-elles du trottoir pour prendre la rue.

1 Groupe de prévention et d'action pour la santé et le travail des transsexuels