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Le Bolchoï fête sa rénovation en mondovision

Malmené sous le régime soviétique, le célèbre théâtre russe retrouve un éclat «impérial».
Culture: vendredi à 10h56    (Source AFP)


Vue de l'auditorium du théâtre du Bolchoï nouvellement rénové, le 24 octobre 2011 à Moscou. (© AFP Kirill Kudryavtsev)

Le plus célèbre théâtre russe, le Bolchoï, lève vendredi son rideau avec une soirée de gala retransmise en direct dans 36 pays pour marquer la fin de gigantesques travaux qui ont redonné au bâtiment son lustre impérial. Les divas française Natalie Dessay et roumaine Angela Gheorghiu chanteront pour le président russe Dmitri Medvedev et ses invités de marque, qui auront également l’occasion d’admirer la prestation d’étoiles russes de la danse comme Svetlana Zakharova, Natalia Ossipova et Ivan Vassiliev. Le concert offrira aussi une rétrospective historique sur le théâtre fondé en 1776 et qui a été la gloire de la culture russe sous tous les régimes. La cérémonie sera retransmise en Russie, par la télévision franco-allemande ARTE ainsi que dans 100 cinémas du monde. Les amateurs pourront également la visionner sur la chaîne du Bolchoï sur YouTube dans 36 pays.

Aucun billet n’a été officiellement mis en vente pour la soirée de gala, a indiqué le directeur du Bolchoï, Anatoli Iksanov, commentant des informations circulant sur l’internet selon lesquelles le prix d’un billet au marché noir atteignait 2 millions de roubles (près de 50.000 euros). "C’est le service du protocole du Kremlin qui se charge des invitations", a-t-il expliqué. Une situation dénoncée par des critiques de musique qui n’ont pas été invités. "Il est absolument inimaginable que le gouvernement britannique distribue des places pour une soirée à Covent Garden. Les billets y seraient sans aucun doute vendus. Mais chez nous tout se fait comme d’habitude en petit comité", s’est insurgée une critique, Marina Gaïkovitch, citée par l’agence Interfax.

L’ouverture de la scène historique initialement prévue en 2008 a été à maintes reprises reportée et les travaux ont été marqués par des scandales de corruption. La reconstruction, dont le coût officiel s’élève à 21 milliards de roubles (près de 500 millions d’euros), visait d’une part à stabiliser le théâtre, délabré à 70% et qui risquait de s’effondrer, et d’autre part à lui redonner l’aspect qu’il avait au XIXe siècle, au temps de sa splendeur. Les spectateurs découvriront "un théâtre impérial et non plus celui de l’époque soviétique" dont le rideau était décoré de la faucille et du marteau, où Staline prononça des discours et où fut annoncée la mort de Lénine, souligne Mikhaïl Sidorov, représentant de la société Summa chargée des travaux depuis 2009. Les armoiries de la famille Romanov sont ainsi réapparues sur les tapisseries du Foyer impérial où elles avaient été recouvertes de globes terrestres ou de lyres à l’époque soviétique. Après la Révolution bolchevique de 1917, les communistes ont fait disparaître toutes les références au régime tsariste au Bolchoï qui accueillit plusieurs congrès du parti.

Les dorures de la salle, abîmées par un mauvais entretien à l’époque soviétique, ont été refaites à l’ancienne: sept couches ont été posées successivement, avec la base traditionnelle de blancs d’œufs, puis nettoyées à la vodka et enfin polies avec des queues d’écureuils.

Plus d’un millier d’expertises ont été réalisées pour améliorer l’acoustique du théâtre, détériorée par la construction du métro dans les années 1930. L’amélioration de l’acoustique tient au fait que le béton posé à l’époque soviétique sous la fosse d’orchestre a été enlevé et à l’utilisation d’un sapin aux qualités de résonance particulières pour la construction de panneaux placés dans la salle.

Après la soirée de gala, la saison s’ouvrira le 2 novembre sur cette scène historique avec Rouslan et Lioudmila de Glinka, mis en scène par Dmitri Tcherniakov qui a révolutionné l’opéra russe.