L'Europe se fête à 25
Ce soir à minuit heure française, les Quinze deviennent les Ving-cinq. Tour d'horizon des célébrations, de l'Atlantique à l'Oder.
Par AFP
vendredi 30 avril 2004 (Liberation.fr - 18:04)
Les nouveaux Européens ont commencé vendredi à fêter leur entrée dans l'UE, prévue plus tard dans la nuit (minuit à Rome et Paris), en multipliant concerts et manifestations symboliques afin de célébrer l'unification du continent. Les réjouissances s'annoncaient beaucoup plus discrètes dans la vieille UE, où seule Dublin, capitale européenne pour six mois, et Berlin avaient prévu de faire la fête dans la soirée.
De Prague, pavoisée aux couleurs des 25 pays de l'Union européenne élargie, au sommet alpin des Trois frontières en Slovénie, en passant par Budapest ou Bratislava, des dirigeants des Dix nouveaux pays membres ont dès le matin dit leur bonheur de faire partie de l'Union européenne. «Rejoindre l'UE, c'est la fin d'un long et difficile voyage», a confié à l'AFP le Premier ministre tchèque Vladimir Spidla, le visage épanoui. «Comme beaucoup de Tchèques, je suis impatient d'être dans l'UE principalement pour la liberté qu'elle va nous apporter», a-t-il dit avant de prononcer un discours enthousiaste devant la foule réunie sur la place Wenceslas. Il y a quinze ans, au même endroit, des manifestions monstres y avaient fait tomber pacifiquement la dictature communiste.
Plus au sud, au sommet des Trois frontières, dirigeants autrichiens, italiens et slovènes se sont rencontrés à 1.509 m d'altitude, sur un sommet partagé par leurs trois pays. «Conservons ce nom comme un souvenir pour la postérité quand les gens ne sauront plus ce que sont les frontières», s'est exclamé, lyrique, le Premier ministre slovène Anton Rop. Dès le début de l'après-midi, des concerts, pour tous les goûts, ont commencé pour trois jours de musique en l'honneur de l'UE. A Prague, un festival a pour la première fois investi toutes les îles de la rivière qui traverse les splendeurs de la capitale.
A Budapest, les habitants ont rassemblé dans une station de bus du centre des objets de leur vie quotidienne dont ils voulaient se débarrasser avant l'UE. «J'ai apporté deux téléviseurs de l'ère soviétique, je les laisse ici, c'est pour moi un soulagement et un symbole de la liberté», a dit Laszlo Csorba, pendant qu'un carillon sonnait le début des festivités à midi. L'ancien président polonais Lech Walesa, qui a grandement contribué dans les années 80 à l'écroulement du communisme en Europe de l'Est, a eu les mêmes mots. «Le rêve de ma vie est accompli», a-t-il dit au quotidien polonais Zycie Warszawy, «maintenant, ma lutte est finie».
A Varsovie, le président allemand Johannes Rau s'est exprimé vendredi matin devant les deux chambres du parlement polonais. Et plus tard, le ministre des Affaires étrangères allemand Joschka Fischer devait rencontrer à minuit son homologue polonais Wlodziemierz Cimoszewicz sur le pont qui sépare Francfort sur l'Oder de la ville polonaise de Slubice. Plus solennellement, le président polonais Alexander Kwasniewski devait hisser à la même heure la bannière bleue étoilée de l'Union européenne sur la place Jozef Pilsudski à Varsovie.
Le président Tassos Papadopoulos a prévu exactement la même chose à Chypre, dont seule la partie grecque entre dans l'UE faute d'accord sur une réunification. Auparavant, la diva Anna Vishy aura donné un grand concert en plein air.
A minuit également, le président de la Commission européenne Romano Prodi devait se rendre dans une autre ville divisée, à Gorizia/Nova Gorica à la frontière de l'Italie et de l'ancienne république yougoslave de Slovénie.
A Riga, les Lettons ont prévu de s'adonner au chant, une passion des pays baltes, pour un concert collectif sans interruption qui devait débuter vendredi soir et durer toute la journée de samedi. Et l'île de Malte, au sud de l'Italie, se préparait à une fête gigantesque. Partout, des centaines de feux d'artifice devaient être tirés dans la nuit de l'adhésion.
Chez les Dix nouveaux membres, majoritairement issus de l'ancienne Europe communiste, les célébrations se poursuivent samedi et même parfois dimanche. A Dublin, capitale de l'UE pour un semestre, les 25 chefs d'Etat ou de gouvernement de la nouvelle UE se rencontrent samedi pour une journée de bienvenue.