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Les écolos aboient et le 4x4 passe

Par Laure NOUALHAT

mardi 05 octobre 2004 (Liberation - 06:00)

Chez Jeep, pas d'innovation cette année mais un superbe prototype. Il s'appelle Rescue, et c'est du costaud. Vert camouflage métallisé, châssis de 2 mètres de large, pneus de 1 mètre de diamètre, suspension réglable en hauteur pour les passages à gué, caméras infrarouges... Samedi matin, ce monstre, conçu pour les opérations de recherche et de sauvetage, fait rêver une tripotée de bouches bées qui manipulent caméscopes et appareils photo pour l'immortaliser. «Enorme», arrivent à peine à articuler Michaël et Thierry, venus de Toulon pour le Mondial. L'un est mécanicien, l'autre, simple amateur de «belles bagnoles». A leurs côtés, Jean-Noël et sa petite amie, plutôt clairvoyante : «Un truc pareil, il faut en avoir besoin !» Rompant ce moment de célébration collective, des sifflets stridents déchirent les allées bondées du salon. Cinq militants anti4x4.net sortent des pancartes «Jeepollue».

«Qu'est-ce que c'est papa ?», interroge une petite fille. «Des écologistes, ma chérie. Ils disent que les voitures polluent la planète... Mais ils roulent en voiture comme tout le monde.» Une jeune femme, armée de sa pancarte, scande : «Dernier modèle chez Jeep, trois fois plus de CO2 dans l'atmosphère.» «Mademoiselle, signale calmement le papa, ce n'est pas Jeep qui pollue, c'est tout le monde.» Gaël, qui bosse à la SNCF et qui n'a pas d'auto, admire le courage de ces cinq activistes devant gérer des passants parfois agressifs. «Ici, les gens viennent rêver devant des voitures, ce n'est pas ça qui va les faire changer d'avis.» Les hôtesses de Jeep laissent faire, indifférentes comme la plupart des visiteurs qui s'enquièrent des potentialités du dernier modèle. Tel ce directeur financier d'un groupe sucrier qui veut remplacer son vieux tout-terrain. Les écolos, il n'est «pas contre» mais ça ne le concerne pas. «Je vis à l'île de la Réunion, là-bas les routes sont mauvaises, je ne roule qu'en 4 x 4...» Manière de dire que tout le monde n'est pas égal face à la grosse voiture : certains ont le droit d'en avoir, d'autres non.

Des apprentis mécanos photographient les écolos devant les voitures. «C'est n'importe quoi. Pff, un bus, ça pollue pareil, alors faut pas exagérer.» Olivier, membre du Réseau Action Climat essaie d'expliquer qu'un bus embarque entre 60 et 80 personnes à la fois, mais les gamins sont déjà partis. Un moustachu s'arrête : «Bien sûr que les 4 x 4 polluent. Si c'est des voitures de grands espaces, comme ils disent, elles n'ont rien à faire en ville Mais, vous savez, les gens veulent toujours plus : plus gros, plus grand... Moi, j'ai pas les moyens, j'ai une Nevada. Mais avec trois enfants, j'ai pas le choix.»

Un homme distribue des tracts orange. C'est un anti-anti4 x 4. Il dénonce les écolos «qui agonissent d'insultes le conducteur au feu rouge et crèvent les pneus la nuit». Sur son tract, des arguments spécieux : «Beaucoup de propriétaires de 4 x 4 mettent régulièrement leur véhicule et leur temps à disposition de la communauté pour venir en aide aux victimes d'inondations...» C'est pain bénit pour les écolos : «A votre avis, les dérèglements climatiques comme les inondations, ça vient d'où ? C'est entre autres parce qu'on émet beaucoup de trop de CO2 qu'on se retrouve avec de tels problèmes.»