![]() ![]() |
Arafat. Editorial
Fin de mythePar Patrick SABATIERsamedi 13 novembre 2004 (Liberation - 06:00) Les scènes de chaos qui ont entouré l'inhumation de Yasser Arafat à Ramallah ont rappelé que, malgré ses nombreux échecs, le raïs palestinien restait un mythe, pour son peuple et dans le monde arabe sans équivalent peut-être depuis l'Egyptien Nasser. Il avait sur les autres dirigeants arabes, qui le toléraient faute de pouvoir s'en débarrasser, l'avantage de n'avoir jamais eu à gouverner. Il a pu, jusqu'au bout, camper dans les ruines de la Mouqataa son personnage de combattant irréductible, défiant un ennemi très supérieur en forces, et de martyr. Ce mythe pouvait faire oublier, au moins en partie, les défaites successives des Arabes, et leur frustration de ne pouvoir accéder à un minimum de prospérité et de modernité. La fin d'Arafat n'a cependant pas été accueillie comme la fin du monde. La proverbiale (et tout aussi mythique) «rue arabe» commence peut-être à se lasser des mythes trompeurs et des dirigeants charismatiques, et à aspirer à un peu plus de bien-être, de démocratie et de paix. Les héritiers d'Arafat qui, eux, ne sont pas des mythes, vont devoir relever des défis qu'on peut juger insurmontables. D'abord, élire un nouveau président et remettre sur pied ce qui reste de l'Autorité palestinienne, en évitant que les rivalités, personnelles et politiques, ne fassent basculer l'embryon d'Etat dans le chaos, pour le seul profit des groupes armés extrémistes, et d'Israël. George W. Bush promet de les aider à faire naître l'Etat qu'il leur a promis d'ici à 2009. La première condition pour que cette promesse ne reste pas une fois de plus lettre morte est de pousser Sharon à retirer ses troupes des territoires palestiniens, à mettre fin à la colonisation et à reprendre le chemin de la «feuille de route», dont le terme est un Etat palestinien voisin d'Israël. Car les Palestiniens ne pourront avancer vers la démocratie et la fin de la violence tant qu'Israël ne se sera pas engagé résolument sur la voie de l'inéluctable compromis.
|