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Art moderne
MoMAgnifique à ManhattanAprès deux ans et demi de travaux, le musée d'Art moderne rouvre ce samedi dans un vaste et épuré espace lumineux, en osmose avec le cœur de la ville. Par Fabrice ROUSSELOT samedi 20 novembre 2004 (Liberation - 06:00) New York de notre correspondant Un îlot planté au beau milieu de l'île. Une oasis tout entière consacrée à l'art moderne. «Une cité dans la cité», dit encore l'architecte japonais Yoshio Taniguchi. Pour son 75e anniversaire, le MoMA (musée d'Art moderne) de New York s'est offert un beau cadeau. Après deux ans et demi d'exil dans le quartier du Queens, son retour à Manhattan est magistral. Plus qu'une simple «rénovation», c'est une véritable renaissance qui attend les New-Yorkais et les visiteurs du monde entier pour sa réouverture ce samedi. De l'ancien MoMA, on ne reconnaît presque rien. Un formidable ensemble de verre, de granit et de métal s'élève en plein Midtown. Une structure transparente et esthétique entièrement organisée autour d'un jardin des sculptures repensé et agrandi. Là, entre les arbres et les fontaines, en compagnie de la chèvre de Picasso ou de la femme aux formes épanouies de Gaston Lachaise, on est sous le choc de la façade en verre grisé, avec un musée qui s'étend désormais d'est en ouest et du sud au nord, avec deux entrées, sur la 53e et la 54e rue. C'est à l'été 2002 que le MoMA s'était exilé vers le Queens. Mais le débat sur son expansion avait commencé plus tôt, après l'arrivée, en 1995, de son nouveau directeur, Glenn Lowry. A l'époque, le conseil d'administration du musée estimait que le MoMA, qui se targue d'être le premier musée d'art moderne au monde, était trop à l'étroit. Au-delà de l'expansion envisagée, Lowry propose alors de repenser tout le musée. Un projet colossal de 858 millions de dollars Le résultat est salué depuis des semaines par la presse américaine. Après avoir décroché le contrat, à la surprise générale en 1997 (lire page 6), le Japonais Taniguchi a réussi ce que le New York Times décrit d'une phrase : «Une fusion de l'art et de l'urbain dans une esthétique pure.» Près de trois ans de travail, pour un projet colossal de 858 millions de dollars (425 millions pour la seule construction). Projet monumental, censé symboliser le dynamisme retrouvé du New York post-11 septembre. Au final, l'espace pour les peintures, dessins, sculptures, installations, photographies et projections a presque doublé, passant à 12 000 mètres carrés d'exposition. Pour Taniguchi, le nouveau MoMA est un microcosme de Manhattan, avec un musée qui se love autour de son jardin comme Manhattan autour de Central Park. A l'intérieur, un vaste atrium central renvoie le visiteur sur six étages (rez-de-chaussée compris) de collections et d'expositions. En haut du premier escalier, l'imposant obélisque cassé de Barnett Newman fait face aux Nymphéas de Monet. S'ouvre alors la première galerie. C'est là qu'on prend la mesure du travail de Taniguchi. Les galeries semblent ne jamais se fermer, pour s'ouvrir sans cesse les unes sur les autres, comme pour laisser l'art se propager d'une pièce à l'autre. L'espace est immense et le MoMA, pour la première fois, peut montrer dans son entier une pièce comme le Bingo de Gordon Matta-Clark. Un pan de mur, reconstitué en 1974 à partir d'une façade d'une maison de Niagara Falls. «Le MoMA n'est pas à New York par hasard» Pour la première fois également, le MoMA a pu se doter d'une vaste galerie médias, où films et documentaires se partagent sept écrans vidéo de toutes tailles. «Nous allons désormais pouvoir expérimenter et présenter de nombreux artistes», dit Barbara London, en charge du projet. Le génie du nouveau MoMA est aussi dans la lumière. Chaque espace d'exposition dispose de fenêtres ou de baies vitrées, qui permettent un nouveau regard sur les œuvres tout en jouant sur la relation entre la ville et son musée. «Le MoMA n'est pas à New York par hasard, explique Glenn Lowry. De par sa modernité, son innovation, la ville fait partie de notre ADN. Et le public peut ressentir cette relation quand il aperçoit la façade d'un bâtiment juste derrière une sculpture ou une peinture.» Pour son grand retour, le MoMA n'a pas échappé à un vaste débat sur ses collections et ses expositions, sur l'équilibre entre contemporain et moderne . Durant sa rénovation, le musée a acquis plusieurs milliers de nouvelles pièces, des pièces reconnues comme le Plongeur de Jasper Johns ou la sculpture de la Femme enceinte de Picasso, ainsi que des œuvres plus récentes comme les photos du Canadien Jeff Wall ou les peintures synthétiques de Josiah McElheny. Mais les choix pour la réouverture ont provoqué des remous. Des critiques se sont étonnés de la «disparition» des œuvres de Julian Schnabel ou du fait que le travail du bad boy britannique Damien Hirst soit relégué dans un petit espace près d'un escalator. D'autres ont salué le retour de Jeff Koons, avec ses deux aspirateurs sous verre exposés au 2e étage. Ou la volonté évidente de mettre en avant la photographe américaine Cindy Sherman, exposée à côté de Jasper Johns et non dans la galerie de photographie. «Politiquement correct, une nouvelle fois» La discussion la plus vive, qui agite le MoMA depuis sa création en 1929, a de nouveau tourné autour de la «modernité». Charlie Finch, critique d'art, a fait savoir que le MoMA «se contentait une nouvelle fois d'être politiquement correct». Avant d'ajouter que «le musée avait traditionnellement dix à vingt ans de retard sur ce qui se fait en art contemporain». Les conservateurs rétorquent qu'ils exposent de nouveaux talents, tel Chris Ofili, qui avait fait scandale en 1999 en montrant son portrait de la Vierge couvert d'excréments. Ou le peintre britannique Peter Doig, dont l'œuvre présentée a moins de deux ans. «Montrer l'histoire et le passé de l'art moderne à travers notre collection, mais aussi rechercher de nouvelles pièces contemporaines à ajouter à nos œuvres, résume John Elderfield, conservateur des peintures et sculptures au MoMA. C'est un travail difficile et qui ne s'interrompt jamais.» De son côté, le directeur Glenn Lowry «ne pense pas vraiment au nombre de visiteurs», mais «remercie d'avance tous ceux qui franchiront nos portes et feront l'expérience du nouveau MoMA». Au prix, élevé, de 20 dollars l'entrée (lire ci-contre), le musée doit être à la hauteur de son ambition de «laboratoire mondial de l'art moderne», comme l'avait proclamé dès la fin des années 20 un de ses fondateurs, le milliardaire et philanthrope John D. Rockefeller. |