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Le président américain a prêté serment pour son deuxième mandat.
Bush, pompier planétairePar Pascal RICHE vendredi 21 janvier 2005 (Liberation - 06:00) Washington de notre correspondant Un président pyromane ? «Par nos efforts, nous avons allumé un feu, un feu dans l'esprit des hommes. Il réchauffe ceux qui sentent sa chaleur, il brûle ceux qui combattent sa progression, et, un jour, ce feu indompté de la liberté gagnera les coins les plus sombres de notre monde», a lancé George W. Bush, lors de son discours d'investiture, hier à midi, devant le Capitole, juste après sa prestation de serment. Un discours très offensif, largement consacré à ce «feu» de la liberté, seul moyen selon lui de vaincre le terrorisme. «La survie de la liberté dans notre patrie dépend de plus en plus du succès de la liberté dans d'autres patries. Le meilleur espoir de paix pour notre monde, c'est d'étendre la liberté partout», a-t-il déclaré devant les ténors de la classe politique américaine. La poursuite de la liberté de tous les hommes, parce qu'ils sont «à l'image du Créateur», fait partie de la «mission» historique des Américains, estime Bush. Elle répond aussi à un «impératif urgent pour la sécurité de la nation». Jamais, pourtant, il n'a prononcé le mot «Irak». Le Président a également consacré un long passage à la «société de propriété» qu'il espère substituer, dans son pays, à l'Etat-providence : «Nous élargirons la propriété de nos maisons et de nos entreprises, de notre épargne retraite et de notre assurance santé, pour préparer notre peuple aux défis de la vie dans une société libre.» Cependant, c'est surtout sa promesse enflammée d'aider tous les combattants de la liberté qui a marqué les esprits. Lorsqu'il déclare : «Heureusement pour les opprimés, l'influence de l'Amérique est considérable, et nous l'utiliserons avec confiance pour faire avancer la cause de la liberté», George W. Bush lance un avertissement clair aux pays de ce qu'il a appelé, il y a trois ans, l'«axe du mal». Il y a trois jours, sa nouvelle secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, avait livré une nouvelle liste de ces pays, qualifiés d'«avant-postes de la tyrannie» : Cuba, Birmanie, Corée du Nord, Iran, Biélorussie et Zimbabwe. Le même jour, Bush avait promis aux militaires qu'il «leur serait demandé bien plus dans les mois et les années qui viennent»... Autant de propos qui soulèvent des interrogations. Les experts militaires doutent que Bush, ensablé en Irak, puisse engager de nouvelles campagnes de large envergure. Quoique Bush semble se préparer à tout. Dans un article publié cette semaine dans le New Yorker, le journaliste Seymour Hersh a ainsi révélé que la Maison Blanche avait ordonné «des missions secrètes de reconnaissance en Iran, au moins depuis cet été», dans le but de collecter des informations nécessaires à une éventuelle frappe contre les installations militaires et nucléaires du pays. Un ancien «haut responsable du renseignement» a expliqué à Hersh que la «campagne d'Iran» serait la prochaine étape : «Nous avons déclaré la guerre et les méchants, où qu'ils soient, sont l'ennemi... Nous avons quatre ans et nous voulons sortir de là en pouvant dire que nous avons gagné la guerre contre le terrorisme.» La Maison Blanche a décrit l'article comme «truffé d'inexactitudes», mais refuse d'exclure l'hypothèse d'une intervention militaire en Iran. C'est sur un nuage que George W. Bush a traversé ces trois journées de cérémonies, galas, dîners aux chandelles et bals. Rose de plaisir, clignant des yeux d'émotion, son visage était omniprésent sur les télévisions. Les feux d'artifice l'ont fêté. Les badauds l'ont acclamé. Soixante millions de dollars sont partis en fumée festive. Le Texan, qui aime généralement se présenter comme un gars modeste, a cédé au plaisir de la majesté. Les Américains ne semblent pourtant pas avoir partagé son plaisir. Certes, ils ont toujours adoré la cérémonie d'investiture, qui symbolise leur réconciliation après la bataille électorale. Cette fois, selon un sondage du Washington Post, les deux tiers des Américains auraient préféré une investiture plus modeste. La guerre en Irak n'est pas populaire et Bush n'entame pas son second mandat dans les meilleures conditions. Il dispose certes d'un Congrès républicain, mais son soutien dans l'opinion est fragile, comparé à celui dont jouissaient Bill Clinton ou Ronald Reagan à l'aube de leur second terme. |