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Livre. Le directeur adjoint de la rédaction des «Echos» analyse le retour du boom économique.
La chine nous minePar Laurent MAURIAC samedi 19 février 2005 (Liberation - 06:00) Quand la Chine change le monde Erik Izraelewicz, Grasset, 306 pp., 18,50 €. «La Chine m'inquiète», dit la duchesse de Guermantes dans A la recherche du temps perdu. Longtemps après Proust, cette inquiétude hante les pays occidentaux. Elle est au centre du livre qu'Erik Izraelewicz, directeur adjoint de la rédaction des Echos, consacre au boom de l'économie chinoise. Ou plutôt à son retour, après une longue parenthèse. Le pays fut «pendant la presque totalité des dix-huit premiers siècles de notre ère la principale puissance économique de la planète», rappelle l'auteur. Faut-il s'inquiéter ? Non, si l'on en croit la théorie économique classique. Tous les pays sont gagnants à l'essor d'un nouveau partenaire commercial. Une théorie déjà illustrée par d'autres pays asiatiques depuis les années 50. Le Japon, Taiwan et la Corée du Sud ont connu un décollage porté par les bas salaires, puis un rattrapage progressif avec les pays riches. «En 1960, le Japon avait des coûts salariaux unitaires deux fois inférieurs à ceux de la France ; en 1980, ils étaient identiques ; ils sont aujourd'hui supérieurs.» Un tel scénario peut-il se reproduire avec la Chine ? L'auteur en doute. D'abord, en raison de la taille du pays, de cette «armée de réserve» de 1,3 milliard d'habitants. Ensuite, parce que la Chine s'invite dans le commerce international en pleine mondialisation des échanges. Enfin, parce que la méthode mise en oeuvre, un «hypercapitalisme» aux règles minimales, piloté par un «Etat tout entier au service du capital», est unique. D'où une rapidité dans les changements qui défie tous les pronostics. Tout au long du livre, Erik Izraelewicz s'emploie à démontrer cette exception, par touches successives, en multipliant les anecdotes et les illustrations. Ce sont, par exemple, des patrons français visitant, en 1990, le chantier de Pudong, le nouveau centre économique de Shanghai, incrédules devant la métamorphose annoncée de la ville. Ce sont les chiffres en matière de construction : 50 % du ciment consommé sur la planète ou des grues en activité dans le monde. C'est la stratégie de Wal-Mart, le géant américain de la distribution, qui a fait de la Chine son principal point de ravitaillement. Cet exemple illustre la contradiction dans laquelle se trouvent plongés tous les pays occidentaux : les distributeurs s'approvisionnent en Chine, au nom des intérêts des consommateurs. Ils provoquent ainsi des suppressions d'emploi et une baisse du pouvoir d'achat. Que peuvent faire les pays occidentaux ? A cette question posée à la toute fin du livre l'auteur avance des réponses un peu vagues. Partir à l'assaut du marché chinois, accélérer la construction européenne... Certes, mais la conclusion qui découle des récits et des exemples apportés est plus pessimiste : le lecteur devine que le pouvoir d'achat en Europe et aux Etats-Unis ne pourra longtemps se maintenir. L'auteur suggère que l'on peut partager l'inquiétude de la duchesse de Guermantes, mais ne va pas tout à fait au bout de son raisonnement. |