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Une campagne de publicité s'adresse aux clients des prostituées. Une première.
A Lille, des préservatifs sur les bus, côté trottoirPar Haydée SABERANsamedi 05 mars 2005 (Liberation - 06:00) Lille de notre correspondante L'image est insolente. Elle orne tous les flancs de bus, à Lille. Un homme qui tire avec un revolver énorme. Une dame en jupe panthère et bas résille qui retient le coup. Une grosse tache rouge, dans un préservatif géant. «Clients, vous jouez à la roulette russe ?» interroge l'affiche. L'un des slogans pour mettre en garde les clients de la prostitution contre les rapports sexuels sans préservatif et participer à la lutte contre le sida. A Lille, avec Entr'Actes, un discret lieu d'écoute et d'aide, les prostituées parlent aux clients. Par voie d'affiches, le jour, sur le flanc droit des bus, «côté trottoir». Et en vrai la nuit, pour celles qui ont le cran. Elles partent avec des préservatifs et des petits prospectus, disant : «Je suis un travailleur sexuel sans risques. Je fais usage de préservatifs sans exception.» Pied de nez. Un client sur trois demanderait un rapport sans préservatif. Selon certaines prostituées, beaucoup plus. «Avec elles, explique Nathalie Masurel, éducatrice à Entr'Actes, nous avons réfléchi, à la manière dont on pouvait agir. On a choisi la visibilité.» Visible, c'est le moins que l'on puisse dire. Comme un pied de nez à la loi de sécurité intérieure. Pour Entr'Actes, la loi a rendu le client désinvolte. «Une loi faite par les hommes, pour les hommes», dit Sarah (1), 21 ans, dont sept de trottoir. Elle résume un peu vite : «Comme on n'a pas le droit de travailler, on n'a pas le droit de porter plainte. Alors ils font ce qu'ils veulent.» Y compris sans capote. «La loi, elle dit que c'est eux les victimes : ils subissent notre racolage. Le pauvre client, il est stressé.» «Nathalie, j'ai faim ! T'as pas un paquet de biscuits ?» Dans le local d'Entr'Actes, dans une bâtisse ancienne du Vieux-Lille, elles s'engouffrent quand elles voient de la lumière. Ici, elles se maquillent, se recoiffent, passent du jean à la minijupe. Il y a toutes les histoires. De la toxico sans-abri à la mère de famille qui boucle les fins de mois sur le trottoir. Elles viennent parler. «S'il est tard la nuit, la fille, elle va plus facilement accepter de monter à 20 euros, alors qu'avant, elle lâcherait pas.» Et accepter un rapport sans préservatif ? Toutes disent qu'elles refusent. «C'est ta vie.» Certains clients proposent des liasses sur le tableau de bord. «Jusqu'à 450 euros», assure Sarah. Elle tartine une biscotte. Elle explique, balaie l'air de son couteau. «Alors, le type, il va bien trouver une meuf en keuman, qui se dira: "C'est pas grave, il a l'air d'être bien." Et si c'est pas le sida qu'il lui filera, c'est la syphilis ou la chaude-pisse.» Censoré Il faut que les lecteurs curieux fassent visite ici. C'est la même chose pour les lectrices curieuses. Bénévoles. Coût de l'opération publicitaire : 5 000 euros, payés par une subvention de la Ddass (Direction départementales des affaires sanitaires et sociales). Pas d'agence, mais un plasticien, Guillaume Caron, et un dessinateur, Babouse, tous deux bénévoles. Une première en France, dit le Groupement de prévention et d'accueil lillois, qui pilote Entr'Actes. (1) La plupart des prénoms ont été modifiés. |