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Salaires: Matignon ménage le suspense
Le gouvernement cherche le moyen de ne pas paraître céder devant les manifestations.
Par François WENZ-DUMAS
samedi 12 mars 2005 (Liberation - 06:00)
Cédera ? Cédera pas ? Vendredi soir, Jean-Pierre Raffarin n'avait toujours pas décidé de lâcher du lest pour permettre au ministre de la Fonction publique, Renaud Dutreil, de renouer le dialogue avec les syndicats. La veille, au démarrage de la manifestation parisienne (Libération de vendredi), un des principaux leaders syndicaux de la fonction publique expliquait clairement la règle du jeu : «Avec 0,8 %, on entre en négociation. Cela permet de garantir le pouvoir d'achat en 2005, et on peut commencer à discuter du reste.» Le coût de ce ticket d'entrée ne serait pas exorbitant : 300 millions d'euros en 2005, 600 millions en année pleine. C'est quinze fois moins que ce que la bonne surprise de la croissance à 2,3 % en 2004 a rapporté en «cagnotte fiscale».
«Brefs délais.» Jeudi, le ministre délégué au Budget, Jean-François Copé, rappelait que les marges budgétaires étaient «réduites», une façon de reconnaître qu'elles existent. Et de fait, le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, indiquait vendredi que Jean-Pierre Raffarin lui avait fait savoir par téléphone qu'il était «favorable à la réouverture de négociations salariales dans la fonction publique à brefs délais». «C'est ce que nous demandions avec les autres organisations syndicales, par conséquent nous accueillons positivement cette nouvelle», a ajouté Jean-Claude Mailly, précisant toutefois qu'«il n'a pas été question de chiffres».
Le problème pour le gouvernement est d'abord d'assurer la cohérence de son message. Dire en décembre qu'il est impossible de garantir le pouvoir d'achat en 2005 puis accepter de le faire trois mois plus tard sous la pression de 700 000 manifestants, retirerait toute crédibilité à ses messages. Surtout quand on a tenu bon sur la réforme des retraites qui, au plus fort de la protestation, en mai 2003, a mis un million de personnes dans la rue.
Démenti. Vendredi, la Tribune et le Monde assuraient que Raffarin était prêt, à la demande expresse de Chirac, à lâcher 1 %. A l'Elysée comme à Matignon, on démentait formellement qu'un tel arbitrage ait été rendu. «Le Premier ministre a demandé à ses ministres de recevoir les syndicats», résume un conseiller de Raffarin qui ajoute : «Dimanche, le chef du gouvernement doit s'exprimer sur Radio J mais il n'annoncera pas une hausse de 1 % du salaire des fonctionnaires.» Langue de bois à l'Elysée : «Le dialogue est entre le ministre de la Fonction publique et les syndicats, sous l'autorité du Premier ministre.» Les ministres des Finances, Thierry Breton, du Budget, Jean-François Copé, et Renaud Dutreil étaient vendredi soir à Matignon. Aucune information n'a filtré sur cette réunion. Le gouvernement gagne du temps. Et se réserve la possibilité de lâcher du lest, si la situation sociale l'impose.
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