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Affaire Kelly : la BBC accuse la BBC Un documentaire diffusé par la chaîne publique mercredi met en cause la direction |
La BBC vient de se livrer à un exercice d'autoflagellation pour le moins inhabituel dans l'univers des médias. Son directeur général, Greg Dyke, le chef de l'information, Richard Sambrook, et l'un de ses journalistes, Andrew Gilligan, sont directement attaqués dans un documentaire diffusé mercredi soir sur sa propre antenne et consacré à l'affaire Kelly.
La «Beeb» est en effet impliquée dans ce scandale qui secoue le royaume depuis des mois. En mai, son spécialiste du dossier défense, Andrew Gilligan, avait accusé Downing Street d'avoir volontairement gonflé la menace irakienne pour justifier le recours à la force. S'en était suivi un violent conflit entre la radiotélévision publique et le Premier ministre, Tony Blair. L'informateur du journaliste, David Kelly, expert en armes chimiques et biologiques, s'était donné la mort en juillet après avoir été jeté en pâture aux médias par son ministère de tutelle.
Grande écoute. Mercredi, la commission d'enquête sur cette affaire, présidée par Lord Hutton, doit enfin rendre son verdict. La «Beeb» risque de partager le blâme avec le gouvernement. Soucieuse de redorer son image, elle a confié à Panorama, sa prestigieuse émission de reportages, le soin de revenir sur ce dossier brûlant. Les responsables de Panorama ont obtenu que le documentaire dure 90 minutes, deux fois plus que d'habitude, et soit montré à une heure de grande écoute, en milieu de semaine. Pas plus Greg Dyke que Richard Sambrook ou Andrew Gilligan n'ont pu prendre connaissance de son contenu avant la diffusion. Le contrôle éditorial a été confié à deux responsables de la chaîne qui n'avaient pas été mis en cause dans l'affaire Kelly.
L'auteur de l'enquête de Panorama, John Ware, journaliste réputé, pointe une série de dysfonctionnements à l'intérieur de la BBC. Lors du conflit avec Tony Blair, les dirigeants de la chaîne «ont fait un pari risqué sur un terrain mouvant», estime-t-il. Ware reproche à Richard Sambrook de ne pas avoir demandé à Andrew Gilligan les notes de son entretien avec Kelly. Il l'avait pourtant, par le passé, «réprimandé sévèrement» pour ses abus de langage. «Du bon journalisme d'investigation gâché par une présentation imparfaite», avait écrit dans un mémo le patron d'Andrew Gilligan, Kevin Marsh, rédacteur en chef du programme Today, à propos de son reportage explosif. Panorama s'étonne également de l'absence d'enquête interne lorsque la polémique a éclaté avec Alastair Campbell, le directeur de la communication de Blair.
Interview. En revanche, John Ware vient à l'appui d'Andrew Gilligan sur un point clé de son reportage. Le documentaire contient une interview exclusive de Kelly réalisée par Panorama en octobre 2002, soit un mois après la publication du dossier de Downing Street sur l'arsenal irakien. Dans cet entretien jamais diffusé jusque-là, le microbiologiste doute de la capacité de Saddam Hussein à lancer ses armes de mort «en 45 minutes» comme l'affirmait Blair. Le déploiement d'un pareil arsenal, explique-t-il, nécessitera des «jours ou des semaines».