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Santé. Changement de mentalité, mais débuts difficiles pour le label «100% sans tabac» à Paris.
Les restos goûtent moins à la clopePar Matthieu ECOIFFIERvendredi 01 avril 2005 (Liberation - 06:00) Dans les restaurants, le tabac recule. A petits pas. «Depuis le début de l'année, il y a un vrai changement de mentalité chez nos clients fumeurs. Ils sortent plus facilement sur le trottoir pour en griller une après le repas», observe Pascal, serveur à La Table d'Hélène, dans le XVIIIe arrondissement parisien. Ce restaurant est l'un des rares établissements de la capitale à avoir adhéré au label «100 % sans tabac» à l'automne. Dans cette petite salle carrée, impossible de créer une zone fumeur séparée et ventilée. «Ici, c'est tellement petit que, si trois personnes fument, tout le monde en profite, remarque Corinne, 38 ans, une cliente fumeuse. L'interdiction ne me dérange pas, il faut respecter les autres. La clope, ça altère le goût.» Dans un coin, Guy, un retraité savoure ses aiguillettes de canard aux myrtilles. «Je suis héréditaire allergique. Il suffit que quelqu'un fume et ça me pique dans les bronches pendant plusieurs heures, raconte-t-il. C'est un autre restaurateur qui m'a envoyé ici. Je viens déjeuner tous les jours.» Chaotique. Un succès que confirme Hélène Poitevin, la patronne : «Aujourd'hui, je gagne beaucoup plus de clients que je n'en perds, notamment grâce au label.» Mais ça n'a pas été toujours le cas. A l'ouverture, en 2003, elle avait déjà opté pour une salle non-fumeur. «J'avais un bon tiers des clients qui repartaient. Lors du dernier réveillon, une table de six a rebroussé chemin. Certains clients essaient de négocier : "On peut fumer si on est vingt ?", "Et s'il n'y a plus personne ?" Et mon serveur, c'est pas une personne ?» Attablé, un couple de touristes new-yorkais se félicite de pouvoir respirer : «Le "non-smoking" progresse en France, mais très lentement.» Lancé en novembre par la Ville de Paris, le label «100 % sans tabac» a connu un démarrage lent et chaotique. «Le lien entre le site de la Ville de Paris et celui de l'office du tourisme qui détaille le type de nourriture proposé ne fonctionnait pas. Tout est prêt maintenant (1)», explique Marguerite Arène, en charge de la prévention des toxicomanies à la Ville. La liste comprend trente-sept lieux, dont la chaîne de café Starbucks, un resto indien, deux italiens, un seul «gastronomique» : l'Atelier Robuchon. C'est peu comparé aux 9 000 cafés-hôtels-bars-restaurants de la capitale. Certains professionnels préfèrent encore mettre en avant le confort plus que la santé : «On est un "salad bar". On leur dit que la fumée sur les poivrons, c'est pas terrible», raconte Ludovic, le patron d'Elgi, rue Beaurepaire (Xe arrondissement). «Leur label, c'est un fiasco», persifle-t-on à l'Union des métiers de l'hôtellerie (Umih), qui n'a pas voulu s'associer à cette démarche trop «radicale et prohibitionniste». Du coup, ce syndicat a lancé sa propre campagne pour l'application de la loi Evin, début octobre. Et a été désarçonné par son succès. «On a envoyé 175 000 plaquettes et on a eu 62 % de demandes d'informations en retour. On a même été obligé de réimprimer des autocollants», explique-t-on à l'Umih. Où l'on constate une «évolution sensible, les exploitants étant peu à peu amenés par leurs clients à respecter la loi». Pour André Daguin, président de l'Umih, l'application de la réglementation actuelle une zone «fumeur» séparée et ventilée sinon tout l'établissement est de facto non fumeur est désormais la parade pour échapper à l'interdiction totale. Si les récentes campagnes de prévention et le doublement du prix du paquet ont fait leur effet, de nombreux endroits restent enfumés. 44 % des restaurants ne se soucient pas de la loi Evin et 26 % d'entre eux sont encore entièrement fumeurs, selon un sondage réalisé auprès de 800 exploitants, rendu public la semaine dernière par l'association Droit des non-fumeurs. Discothèques. «Une fois qu'on a montré que la fumée de tabac est toxique et cancérigène pour le non-fumeur, l'interdiction dans les lieux publics et de travail est incontournable, commente Nicolas Villain, directeur adjoint du Comité national contre le tabagisme. Après l'Irlande, l'Italie, la Norvège, l'Ecosse, et certaines villes britanniques comme Liverpool et Manchester, ce sera bientôt le tour de la France.» Même dans les «temples de la fumée» que sont les discothèques, un changement s'amorce. A Paris, le Tango vient d'organiser sa deuxième soirée sans tabac. «Lors de la première, les gens étaient un peu timides au bar et n'ont pas picolé, mais à la seconde, ils se sont lâchés», raconte un clubber. (1) Liste des restaurants «100 % sans tabac» consultable sur : www.parisinfo.com/restaurants_paris/ |