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Mariage royal samedi à Windsor entre deux amants de trente-quatre ans.

Charles et Camilla enterrent leur vie d'adultère

Par Armelle THORAVAL
samedi 09 avril 2005 (Liberation - 06:00)
Londres de notre correspondante

Faut-il être favorable au port du jeans pour une femme qui approche la soixantaine ? Question légère, mais importante si l'on veut tenir à jour la liste des microquerelles et grands débats qui ont entouré la préparation du mariage, ce samedi, du prince de Galles avec Camilla Parker-Bowles, alors que la promise venait d'être photographiée en pareille tenue, les jambes bien plantées, chemise blanche et veste de sport. Depuis que la reine a permis en 1969 à la BBC de pénétrer dans les appartements royaux, pour réaliser un film sur la famille royale, afin de rehausser le prestige et l'affection des sujets pour la monarchie, la satisfaction de la curiosité populaire n'a plus de limites. Comme le disent les Anglais, le couple ne peut échapper à «l'aquarium doré» de la vie publique.

L'union sera célébrée à 12 h 30 à l'hôtel de ville de Windsor en présence de 28 membres du cercle familial et amical étroit, sous le regard du prince William et de Tom Parker-Bowles, leurs enfants respectifs, qui ont consenti au rôle de témoins. S'ensuivront une bénédiction religieuse conduite par l'archevêque de Canterbury, dans la chapelle St. George du château de Windsor, puis une réception avec 800 invités, des amis et du show-biz, mais bien peu de têtes couronnées. Pour les deux époux, si ce mariage consacre une incroyable love story, c'est aussi un chemin de pénitence qui illustre à l'envi ce qui fait une bonne monarchie : beaucoup de protocole, et une sacrée dose d'hypocrisie.

Adultère et pénitence. Charles sera, un jour, le chef suprême de l'Eglise d'Angleterre. Raison pour laquelle les deux divorcés et adultères seront contraints par l'archevêque de Canterbury d'implorer le pardon du Seigneur, durant la cérémonie religieuse. L'époux et sa mariée devront donc prononcer les paroles suivantes : «Nous reconnaissons et regrettons nos multiples péchés et égarements» commis «en pensée, en paroles et en actes contre le divin Seigneur», une confession publique retransmise en direct par les télévisions. Henri VIII procéda autrement, en 1534, quand il voulut répudier sa première épouse, Catherine d'Aragon, incapable de lui produire un héritier, pour se jeter dans les bras de sa maîtresse Anne Boleyn (qu'il fera décapiter) : il fonda l'Eglise d'Angleterre puisque le pape lui refusait le droit de divorcer. Charles II eut des maîtresses à la pelle. En 1870, Edouard VII, arrière-arrière-grand-père de Charles, se trimballait en Europe avec Alice Keppel, arrière-arrière-grand-mère de Camilla Parker-Bowles, maîtresse qui fût autorisée à être auprès de lui lors de sa mort... en compagnie de la reine Alexandra. Toute petite, il semble que Camilla n'ait cessé de narrer cette anecdote à ses camarades de l'excellente école de jeunes filles de Kensington. Elle en aurait plus tard usé pour entamer la conversation avec Charles lors de leur première rencontre en 1970. Ils pourront songer, en se repentant publiquement, qu'ils sont plus dociles que quelques-uns de leurs ancêtres.

Si la perspective de la voir un jour nommée «reine Camilla» ou «princesse de Galles» n'est pas encore clairement tranchée, chacun espère que Camilla aura acquis une parfaite légèreté du poignet pour faire son salut de la main, même s'il sera incomparable à celui de Lady Di en 1981. Les cuillères à thé, tee-shirts et autres mugs à l'effigie des mariés se sont arrachés. Les autres memorabilia ne battent pas les records de vente. Mais qu'il pleuve ou qu'il vente, comme le prévoit la météo, à l'âge de 56 et 57 ans, les époux doivent faire de leur mieux : produire un show royal.