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Embarras à la direction du PS après la piètre intervention du Président sur TF1.

Chirac a disserté et laisse le oui socialiste déconcerté

Par Paul QUINIO
samedi 16 avril 2005 (Liberation - 06:00)
 

«Ma femme m'a dit que...» «Un pote m'a envoyé un SMS pour...» Heureusement que les socialistes partisans du oui à la Constitution européenne ont des amis, des épouses, des compagnes ou des enfants qui étaient, jeudi soir, devant la télévision pour regarder Jacques Chirac. Et leur dire ce qu'ils ont pensé de la prestation du chef de l'Etat sur TF1. Car, sinon, ils n'auraient pas d'avis... Et comme beaucoup étaient effectivement en meeting ou en réunion publique pour défendre le oui, ils ont une bonne excuse : «Je n'ai pas pu le regarder. Je ne vais tout de même pas commenter une émission que je n'ai pas vue», disent-ils.

Consigne. A moins que ce silence n'en dise long sur l'embarras du PS. «Je me mets à leur place. Qu'est-ce que vous voulez qu'ils disent ? Ni qu'il a été bon, pour ne pas donner le sentiment qu'ils le soutiennent. Ni qu'il a été mauvais, sauf à tirer une balle dans le pied du oui», commente un socialiste partisan du... non. Dès mercredi, lors du comité hebdomadaire de campagne, la direction du PS avait arrêté sa stratégie : «No comment.» Vendredi, l'entourage de François Hollande confirmait : «On ne va pas se mettre à commenter la campagne de Jacques Chirac.» Les socialistes ont en effet suffisamment de mal à s'occuper de la leur pour ne pas se mêler de celle du chef de l'Etat. Hollande, le premier secrétaire du PS, profitera sans doute de son discours, samedi à Toulouse, pour répondre à l'intervention du Président, mais il le fera «en creux seulement», prévient son entourage.

La consigne de silence a néanmoins été avalée par certains ténors socialistes ou élus de gauche. Dès vendredi matin dans le Parisien, l'ex-ministre socialiste Daniel Vaillant, fidèle de Lionel Jospin, a considéré que le chef de l'Etat avait «fait son travail» et qu'«on verra dans l'avenir s'il a été convaincant». Christophe Girard, adjoint vert à la culture du maire de Paris, a lui aussi déclaré qu'«une émission, quel qu'en soit le format, ne peut suffire à convaincre, mais y contribue». Moins positif, Pierre Moscovici, secrétaire national du PS chargé des relations internationales, a estimé qu'il «reste beaucoup de travail à faire». Jacques Chirac, «ni décisif ni mauvais», s'est, selon lui, montré «hésitant. Or, dans cette affaire, il n'y a pas de demi-mesure». Anonymement, certains socialistes pro-oui s'expriment de manière plus crue : «Il s'est planté», voire c'était «pitoyable».

Lampions. A l'arrivée, la direction du PS est convaincue que le chef de l'Etat «n'a pas fait bouger une voix socialiste». Que ce boulot-là, de toute façon, lui incombe, chacun devant mobiliser son propre électorat. Un dirigeant voit même dans la bonne tenue de l'Audimat, jeudi soir, une raison de rester optimiste. «Tout le monde peut dire, sur l'air des lampions : "C'était de la merde", à l'arrivée, 8 millions de Français ont regardé l'émission. L'enjeu, c'était de faire entrer dans l'arène la moitié de l'opinion qui était sans opinion». «La banquise se dégèle», veut croire un député.

L'herbe. Pour les socialistes favorables à la Constitution européenne, le Président a aussi déminé deux arguments des partisans du non. D'abord en assurant qu'une renégociation du traité sera, selon lui, impossible. Ensuite, en déclarant qu'il ne démissionnerait pas en cas de victoire du non. A-t-il coupé l'herbe sous le pied d'un vote-sanction contre le gouvernement ? Hollande veut l'espérer. «Chacun a compris que Jacques Chirac restera jusqu'en 2007», déclare-t-il dans la Dépêche du Midi de ce samedi. Bilan : Julien Dray, porte-parole du PS, sent qu'«il s'est passé quelque chose» jeudi soir. Sans qu'il sache vraiment quoi...