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Union européenne

L'Euro malade de l'Europe

Ebranlée par les non français et néerlandais, affaiblie par les critiques de dirigeants européens, l'union monétaire tangue.
Par Grégoire BISEAU
samedi 04 juin 2005 (Liberation - 06:00)

Haro sur l'euro. Vendredi, la monnaie européenne a connu sa pire journée depuis sa naissance, le 1er janvier 1999. Cette fois, l'attaque n'est pas venue des marchés des changes, mais du terrain politique. Comme un effet à retardement du double non de la France et des Pays-Bas au traité constitutionnel, une salve de critiques, émanant de responsables politiques européens, a semé vendredi un vent de panique. Les dirigeants de la Banque centrale européenne (BCE) ont dû monter au créneau pour écarter publiquement le scénario catastrophe d'une mort possible de la monnaie unique. Comme si l'éventualité était désormais réellement devenue crédible.

C'est Wolfgang Clement, ministre allemand de l'Economie, qui, jeudi, a ouvert le bal en déclarant que son pays «sacrifie une part non négligeable de sa croissance sur l'autel de l'union monétaire, car il doit faire face à des taux d'intérêt supérieurs à ceux que l'Allemagne aurait si elle maîtrisait encore sa politique monétaire». Le lendemain, Roberto Maroni, ministre italien (Ligue du Nord) des Affaires sociales, en a remis une couche. «Depuis trois ans, l'euro a montré qu'il n'était pas à la hauteur face au ralentissement de l'économie, à la perte de la compétitivité et à la crise de l'emploi», a-t-il déclaré au quotidien la Repubblica. Et de suggérer de réintroduire les monnaies nationales.

Cette double déclaration intervient dans un climat d'hostilité de la part de certaines opinions publiques européennes (notamment aux Pays-Bas et en Italie) qui voient dans la monnaie unique la raison de la hausse des prix, et donc de la baisse de leur pouvoir d'achat. En Allemagne, un sondage publié cette semaine par le magazine Stern montre que 56 % des Allemands souhaiteraient le retour du deutschemark.

Les défenseurs de l'euro n'ont pas attendu pour contre-attaquer. Un membre de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, a répondu au ministre Maroni que sa suggestion est «bizarre, non réalisable, politiquement absurde et contre-productive». Quant au pouvoir d'achat des Européens, Jean-Claude Trichet, le patron de la BCE, a assuré sur LCI qu'«il sera préservé», assurant que «l'euro est une monnaie solide». Vendredi, il semblait pourtant sourd à la polémique, ne faiblissant que légèrement à 1,2226 dollar.