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Monde: Riche en pétrole et peuplé à majorité d’Indiens, l’Etat de Veracruz végète dans la misère.

Les oubliés de l’or noir au Mexique

Par Babette STERN
QUOTIDIEN : vendredi 1 décembre 2006
Tehuipango (Etat de Veracruz) envoyée spéciale

Quand, sur le chemin, après des heures de route en lacet dont le bitume se dégrade au fil des kilomètres, après avoir passé d’innombrables villages, Tlilapan, Tequila, Tlaltenango, Tlaquipulca, Tzocualo, on demande enfin si Tehuipango est encore loin, un paysan dit : «Suivez la route jusqu’au bout, quand elle se transformera en chemin de terre, vous trouverez Tehuipango, après, il n’y a plus rien.» Tehuipango, dans l’Etat de Veracruz, connu pour ses puits de pétrole, est un lieu quasi oublié du Mexique. Perdu dans un paysage magnifique dominé par le pic de Orizaba, le volcan le plus haut du pays (5 700 m), dont la cime, à cette époque de l’année, est enneigée, la municipalité de 20 400 habitants a le triste privilège de figurer au bas de la liste du Programme des nations unies pour le développement (Pnud). Pour l’organisation internationale, l’indice de développement humain de Tehuipango, qui prend en compte non seulement le revenu par habitant mais également l’accès à l’eau potable, l’éducation ou la santé, est du niveau du Malawi, un des pays les plus pauvres d’Afrique.

Ici, dans cette région des montagnes de Zongolica, on est en pays nahua (un des quarante groupes ethniques du pays), et la plupart des indigènes, surtout les vieux, ne parlent que nahuatl. Tehuipango ne fait pas exception à la règle. Sur le chemin, on les croise en costume traditionnel, tirant un âne ployant sous des fagots de bois ou de méchants bidons de plastique remplis d’eau ; au détour d’un virage, des femmes lavent le linge sous une cascade ; deux petites écolières en uniforme bleu disent qu’elles font une heure et demie de marche par jour pour aller à l’école. Elles font partie des 30 % de jeunes qui parlent espagnol et qui vont à la segundaria, le collège. Leurs parents ne savent ni lire ni écrire.

Isolement. Tehuipango rassemble 55 communautés, réparties sur une centaine de kilomètres carrés dans les montagnes. Le chef-lieu, où se trouve la mairie, est relativement coquet. L’église, le marché, quelques petits commerces tenus par des femmes. Des tiges de fer sortent des toits. On rénove, on agrandit. Des camions évitent des chèvres. C’est jour de marché. Depuis deux ans, les familles qui vivent ici ont l’électricité, l’eau potable, certaines le téléphone. Mais que dire de celles qui sont isolées dans la montagne. Là-bas, il n’y a ni lumière ni eau potable. Encore moins de tout-à-l’égout. Les maisons sont en bois, et l’hiver y est plus rude qu’ailleurs. Compte tenu de la dispersion de la population, certaines communautés se situent à plus de 5 km d’une route.
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Laissés-pour-compte. A Tehuipango, les inégalités sont plus criantes que partout dans le pays. Enclavé et peuplé d’indigènes qui sont les laissés-pour-compte du régime. Le pétrole ? L’Etat de Veracruz en a mais ne fait que l’extraire. Aucune raffinerie n’a été construite depuis plus de cinquante ans. L’or noir est envoyé aux Etats-Unis, et le Mexique importe la majorité de son essence et de son gaz. La richesse de l’Etat ne bénéficie pas au peuple.

Le Mexique est coupé en deux. La différence de niveau de vie entre les Etats du nord et du sud va du simple au double. Entre les villes, elle peut aller jusqu’au triple. Si les municipalités étaient classées comme des pays, celle de Benito Juárez, dans le Distrito Federal, figurerait aux côtés de l’Italie, Tehuipango dans l’Etat de Veracruz, Metlatonoc dans celui de Guerrero, Coicoyan de las Flores dans l’Etat d’Oaxaca pourraient se comparer à l’Afrique subsaharienne. Veracruz participe le plus de cette inégalité à l’échelle nationale : au sein même de l’Etat cohabitent les meilleurs et les pires indicateurs de revenu, de santé et d’éducation. Pour son malheur, Tehuipango figure au bas de l’échelle.