Entretien. «Libération» a assemblé et testé un nouvel appareil de gymnastique et de musculation à domicile. Suées garanties.
L'elliptique, pour les complexés du bourrelet

Par Matthieu ECOIFFIER

samedi 13 mars 2004

«Il vous reste encore six mois avant de remettre un maillot», assurait en janvier une affiche pour un rocher au chocolat. Sauf que le temps passe vite à grignoter devant la télé. A mesure que la plage se rapproche, monte l'angoisse de la poignée d'amour (chez l'homme) et de la cuisse enrobée (chez la femme). «Nos clients qui sont, on va dire, en "surcharge pondérale" n'ont pas forcément envie d'affronter le regard des autres en salle. Pour les complexés du bourrelet, le sport à domicile est LA solution. C'est une tendance lourde», explique Renaud Grout, le PDG de Icon Health and Fitness, branche française du numéro 1 mondial. Une tendance vérifiable depuis vendredi au Salon mondial du body fitness à Paris (1). Entre 1996 et 2002, le marché du home fitness est passé de 45 à 83 millions d'euros. «Les 15-25 ans utilisent les bancs et les presses pour avoir des tablettes de chocolat et se faire tâter les fesses par leurs copines. Entre 25 et 35 ans, on est accaparé par son travail et les enfants, et on fait du tapis roulant ou de l'elliptique chez soi. Ensuite, plus on vieillit, plus la préoccupation passe sur le cardio et la santé, on se torture moins.»

Kit. Question torture, monter l'appareil chez soi au troisième étage est déjà du sport. 54 kg de fonte en pièces très détachées dans un carton. Deux semaines de récupération à contempler le carton dans le couloir sont alors nécessaires au niveau des lombaires. Il faut ensuite procéder à l'assemblage à l'aide du manuel en huit langues printed in China (et aussi traduit du chinois, apparemment). «Attachez le montant d'extension à l'aide de trois vis en boulon de M10 x 27 mm», y lit-on. Surtout, «ne serrez pas trop la série de boulons, la jambe du guidon doit pouvoir pivoter librement». Et «faites attention de ne pas pincer les groupements de fils», triples buses (en fait, trois journalistes de Libération). A côté, monter une cuisine en kit est un jeu d'enfant. Après deux heures d'efforts surgit enfin la machine. «L'elliptique est le produit star, notamment chez les femmes. C'est un mix entre la course à pied et le ski de fond. Vous êtes en suspens comme la Terre fait une ellipse autour du Soleil. Ses mouvements sont doux aux genoux. Et il est supercompact», assure le fabricant. Une fois déplié, l'elliptique est très... présent. Difficile d'ignorer la machine qui vous toise. Et d'espérer la remiser discrètement dans un placard, à moins de disposer d'un dressing de 30 m2. Est-ce là la dernière astuce pour éviter aux appareils de home fitness de finir leur vie en portemanteau ou en tuteur sur le balcon ? «Le vélo d'appartement dans le placard ? C'était il y a dix ans», assure Renaud Grout. Les machines sont de plus en plus grosses, plus «pro». Et plus chères : 499 euros pour l'elliptique. «Heureusement que certains les laissent dans leur placard. Ces appareils se professionnalisent mais ne sont pas configurés pour une utilisation intensive», précise Richard, vendeur au Sport 2000 de Montargis (Seine-et-Marne).

Rythme. Pour éviter l'effet placard, les marques (Pro-form, Care, Reebok) déploient des trésors d'imagination. On peut connecter l'appareil sur un magnétoscope, un lecteur CD ou un site Internet. Et il se met automatiquement au rythme du cours collectif. «Vous pouvez aussi contacter un coach sur Internet. Comme c'est encore outre-Atlantique qu'on en vend le plus, ce sera un Américain. Si vous avez une webcam, il peut vous regarder et vous intimer l'ordre de descendre de l'elliptique pour faire dix pompes», indique Grout. L'idée de devenir l'esclave à distance d'un certain Rick, body-buildé de Salt Lake City, pourrait séduire. Encore faut-il parler l'anglais. Nous voilà donc seuls face à l'elliptique. Avec, en guise de coach, le dernier disque de Madonna, grande spécialiste de l'aérobic. Il faut choisir son pacer program : le 4 propose quelques collines et deux tours. C'est parti. Effectivement, l'ellipse se produit. On a l'impression de marcher sur un Escalator fou, les mains accrochées à des branches molles. Le rythme s'accélère. A mesure que l'adrénaline monte, l'elliptique devient épileptique. Après 20 minutes, bingo, 40 fat calories perdues ! annonce l'écran LCD. «I am not religious, but I feel so good», hurle la Madone. Trop bon pour durer ?

(1) Jusqu'au 14 mars au Parc floral de Paris-Vincennes.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=185807