Médias

Les jeunes aiment la presse.. sans la lire
Un sondage commandé par Graines de citoyens décortique les attentes paradoxales des 15-25 ans.
Par Catherine MALLAVAL
mardi 16 mars 2004

Ils sont vraiment parfaits, ces jeunes qui pensent que lire un journal est nécessaire pour «comprendre ce qui se passe en profondeur», «suivre l'actualité», «développer son esprit critique», «se faire une opinion». Ils sont vraiment délicieux, ces 15-25 ans récemment sondés par l'institut BVA (1) qui, lorsqu'ils regardent un journal télévisé, affirment majoritairement (74 %) avoir envie d'en savoir «plus sur certains sujets abordés.» Et donc de se précipiter au kiosque ? Stop. Que la presse écrite ­ et plus particulièrement les quotidiens (payants) ­ ne se réjouisse pas trop vite.

Certes, un peu plus de la moitié des jeunes estiment que les journaux gratuits «ne sont pas à la hauteur des journaux payants». Mais ils jugent dans le même temps qu'ils «suffisent pour s'informer». Ensuite, si les 15-25 ans savent répondre aimablement à des questions sur l'image qu'ils ont de la presse, la pratique est loin de suivre.

Internet en tête. Les jeunes, c'est un fait, ne lisent pas ­ ou si peu ­ les journaux. Pas un hasard si 68 % d'entre eux déclarent avoir l'impression que leur génération s'informe avant tout par la télévision, là où seul 1 % des sondés citent la presse écrite. A désespérer : quand on leur demande comment, selon eux, les jeunes s'informeront dans cinq ans, les voilà qui mettent l'Internet en tête, suivi de la télé et, très loin derrière, de la presse écrite et de la radio.

Pourquoi ? Que faire ? C'est tout l'objet des premières Assises de la presse écrite et de la jeunesse qui se sont tenues samedi à Bordeaux (lire ci-contre), à l'initiative de la (future) Fondation graines de citoyens, commanditaire du sondage. Une base de réflexion. Quoique... Le jeune, bien évidemment, n'est pas un être facile à cerner.

Impossible en effet de savoir à coup sûr ce qui lui donnerait davantage envie de lire les journaux, tant les revendications sont loin d'être unanimes. Et en voilà 38 % qui voudraient que les sujets abordés les concernent davantage ; 37 % que les journalistes donnent plus d'explications ; 33 % que leur présentation soit plus séduisante ; 32 % que leur prix baisse, etc. Et qu'ils soient plus drôles ? Et vlan pour les idées reçues : ils ne sont que 22 % à le souhaiter. Idem quand on tente de faire le hit-parade de leurs sujets préférés : le jeune est complètement dispersé.

«Là encore, il faut se garder des stéréotypes, résume Jérôme Sainte-Marie, de BVA. De même que c'est une fausse bonne idée de vouloir faire du fun, plus léger, plus joyeux, pour attirer les jeunes lecteurs, gare à ceux qui croient que les centres d'intérêt des 15-25 ans, en fait très éclatés, se limitent au sport et aux rave-parties.»

Au collège. Alors quoi ? Les éditeurs de quotidiens peuvent-ils en appeler aux réflexes citoyens des 15-25 ans ? Encore une fois, c'est bof. Ils sont seulement 51 % à estimer que lire un journal pousse à aller aux urnes ; 41 % à estimer que cela favorise le fait de s'engager dans un parti politique, et 52 % à subodorer que cela pousse à s'engager dans une association.

Pour autant, et c'est peut-être là le seul fait vraiment rassurant de ce sondage , ce jeune si difficile à attirer ne demande finalement qu'à être séduit. Ou plutôt à apprendre à aimer. Convaincu (à 61 %) que lire la presse «c'est quelque chose qui s'apprend», il souhaite massivement (84 % !) que la lecture et l'étude de la presse fassent leur entrée dans les programmes scolaires au collège et au lycée. Le voilà donc, le bon calcul.

(1) Vagues d'enquêtes réalisées entre le 13 et 21 février auprès
de 504 jeunes de 15 à 25 ans.