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Politiques: SDF, OGM, reconduites aux frontières… paroles des hérauts de ces nouvelles luttes, qui ne se prétendent pas pour autant héritiers de Mai.

Vu des nouvelles barricades

CHRISTOPHE ALIX, CATHERINE COROLLER, PIERRE DEMOUX et CHRISTIAN LOSSON
QUOTIDIEN : vendredi 1 février 2008

Ils se griment en clowns pour rire aux nez des puissants du G8. Ils tissent leur toile de contre-infos sur le fil du hacktivisme. Ils grimpent sur le toit du Medef pour s’élever contre le détricotage de la culture. Ils multiplient les happenings anti-conso pour railler la société du spectacle du «gagnez plus pour acheter plus». Ils raillent la Françafrique pour mieux esquisser les contours d’une relation Nord-Sud égalitaire. Ils ? Nouveaux contestataires, néo-désobéisseurs, défricheurs d’un altermonde. Frondeurs. Révoltés. Lucides. Passeurs d’idées d’un collectif à l’autre, de réseaux mouvants à des stratégies éphémères, de logiques impressionnistes à des luttes avant-gardistes. Ils ont le souffle des héritiers de 68 sans s’en revendiquer. Exemples…

Travail — «Plus ancrés dans le réel»
Cathy, Génération précaire
«On a des affinités collectives avec 68. Mais il y a plus de souplesse dans nos collectifs, plus de fluidité, plus de dérision aussi. On est moins utopistes, moins idéalistes, moins dupes, plus ancrés dans le réel. On sait que la résistance ne passe pas par les partis politiques ou les syndicats. Mais on est tout aussi radical et subversif que la génération 68. Parler des stagiaires dans la société, c’est s’interroger sur l’utilisation du servage dans notre système, qui dévore une main d’œuvre docile, sans droits, sans parole, sans visage. C’est refuser d’être un fantôme. On n’invente rien, on emprunte à d’autres formes de résistances, comme le théâtre de rue, l’anarchisme écolo des Anglais de Reclaim the Streets. Surtout, on croise nos idées avec d’autres. On se coltine les CRS lors des flash mobs, ces rassemblements éclairs dans des lieux symboliques, sans lancer de pavé, avec le sourire. On a lancé Jeudi noir sur les occupations festives de logement vide. On initie Germinal, un collectif écolo qui consiste à planter des graines dans les murs des villes. On a conscience de l’impuissance, mais on le fait quand même. J’ai 34 ans et je me dis que c’est ça ou mettre une ceinture d’explosif et se faire sauter par rapport à la violence que renvoie la société actuelle.»

INTERNET — «Le pouvoir à tous»
Frédéric Couchet, Association pour la promotion et la recherche en informatique libre
«Mai 68 entendait mettre l’imagination au pouvoir. Comme le mouvement du libre dans l’informatique et, plus généralement, le contrôle du savoir. Contre une économie de la rente et du monopole qui fige l’innovation, le logiciel libre pour lequel nous militons à l’April (Association pour la promotion et la recherche en informatique libre) entend libérer le savoir et abolir les barrières technologiques et juridiques dans lesquelles certains essaient de le cantonner. La barrière entre producteur et consommateur disparaît, puisque chacun dispose du logiciel mais aussi de sa recette de fabrication, avec la possibilité d’y apporter sa touche personnelle.

Dans l’open source, le pouvoir appartient à tous, et plus seulement à quelques-uns. Le logiciel libre démocratise le savoir en évitant son appropriation exclusive par des multinationales. Le monde du libre induit aussi un changement culturel très profond dans la manière de travailler. A un modèle hiérarchique et fermé opérant en vase clos, le logiciel libre substitue un modèle communautaire, fondé sur la coopération et le partage. Ce n’est pas un hasard si le boom du logiciel libre est allé de pair avec la démocratisation d’Internet. La fantastique croissance de ce réseau mondial a permis une diffusion archi-simplifiée du savoir. On le voit avec un site comme l’encyclopédie libre Wikipedia, qui a permis à des gens issus de la planète entière de travailler ensemble. C’est l’utopie soixante-huitarde du libre devenue en partie une réalité.»