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Grand Angle: Le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné à Memphis. Dans une Amérique qui le décevait: guerre du Vietnam, Black Panthers, pauvreté et persistance du racisme.

Martin Luther King, du rêve au cauchemar

NATHALIE DUBOIS       QUOTIDIEN : vendredi 4 avril 2008

«ANegro killed in Memphis» (1), titre le New York Times, le 29 mars 1968. La veille, une manifestation de soutien aux éboueurs de la capitale du Tennessee, conduite par Martin Luther King, a dégénéré en émeutes. Un Noir de 16 ans a été abattu par la police et le pasteur prix Nobel de la paix a quitté la marche, écœuré. Afin de prouver que son idéal de non-violence n’est pas mort, il promet de revenir pour une nouvelle manifestation. C’est ce qui le ramène à Memphis quelques jours plus tard. Le 4 avril 1968, à 18 h 01, Martin Luther King vient de se raser et de s’habiller pour se rendre à un dîner lorsqu’il sort sur le balcon de sa chambre du Lorraine Motel. Une balle de fusil lui transperce la gorge, mettant fin à treize ans de combat obstiné contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis.

«Mort spirituelle»

L’action non-violente, dont le pasteur, arrière-petit-fils d’esclave, a été le porte-drapeau «a bouleversé la conscience de l’Amérique et forcé le législateur à des réformes profondes sur le statut des Noirs» (2). Des conquêtes juridiques parachevées en 1964 et 1965 par Lyndon Johnson, avec le Civil Rights Act et le Voting Rights Act. Mais la reconnaissance de ces droits déjà inscrits de longue date dans la Constitution, ne change rien au quotidien désespérant des «gens de couleur», qui restent au bas de l’échelle en matière d’emploi, de salaire, de logement, d’éducation. Le pasteur King est déprimé. Il voit la rage qui monte chez les exclus, le racisme qui ne recule pas chez les nantis. Autre sujet d’inquiétude, le mouvement noir se fissure. La création du parti des Black Panthers, en octobre 1966, consacre la montée en puissance de la ligne dure, celle qui considère Luther King comme un trop gentil «oncle Tom», refuse la compromission avec le pouvoir blanc. Le leader étudiant Stokely Carmichael n’a plus peur de crier le slogan «black power».

Face aux jeunes révolutionnaires, Luther King était persuadé qu’une action concrète de terrain - celle qu’il a entreprise à Chicago pour la rénovation des taudis et la déségrégation du logement - serait la bonne réponse. Mais l’inertie des autorités comme le racisme haineux qui se déchaîne dans les quartiers blancs ont douché le rêve du pasteur. L’Amérique, prend-il conscience, est bien plus malade qu’il ne le pensait.

(1) Jusqu’au début des années 70, le mot «negro» est le plus usité, même par les Noirs, et n’est pas encore péjoratif. C’est Jesse Jackson qui, en 1988, prône l’emploi du terme Africains-Américains, qui s’est imposé aujourd’hui.
(2) Martin Luther King, Contre toutes les exclusions, Vincent Roussel, éd. Desclée de Brouwer, 1994.