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Camus, le nouveau philosopheCinquante ans après sa mort, il est partoutPar Grégoire Leménager et Baptiste Touverey
Cinquante ans après sa mort, l'auteur de « l'Etranger » est partout. On le lit dans le monde entier et, de Michel Onfray à Nicolas Sarkozy, on l'invoque comme une conscience morale pour le XXIe siècle. Enquête
AFPNé en 1913 à Mondovi, en Algérie, Albert Camus publie "Le Mythe de Sisyphe" et "L'Etranger" en 1942. Suivront notamment "La Peste" (1947), "L'Homme révolté" (1951), et "La Chute" (1956). Il reçoit le prix Nobel en 1957 et meurt dans un accident de voiture le 4 janvier 1960. Université de Duke, Caroline du Nord, 2007. Un jeune prof sorti de la Sorbonne pose une question idiote à ses étudiants : quel est le grand écrivain français du XXe siècle ? Il attend Proust ou Céline. Claudel ou Sartre à la rigueur. La réponse est unanime : «C'est Camus, Monsieur !» Camus ? Ce philosophe pour classes terminales, avec son style IIIe République et sa morale de Croix-Rouge? Le professeur n'en revient pas. Une seule chose le rassure : ces ignares sont américains. Mais, de retour en France, il apprend que Nicolas Sarkozy a organisé un déjeuner en l'honneur de Camus et vanté « son non-conformisme par rapport aux élites.» « Grâce à lui, j'ai la nostalgie, chaque fois que je vais en Algérie, de ne pas être né en Afrique du Nord », a-t-il déclaré dans un accès de lyrisme bizarre. La popularité de Camus n'a jamais fait de doute. En 1999, « l'Etranger » se classe en tête d'un top 50 établi par 6.000 lecteurs. Mais, surtout, ce bref premier roman publié en 1942 s'impose, avec ses 6,7 millions d'exemplaires écoulés en Folio, comme le livre de poche le plus vendu en France. Mieux que « le Petit Prince », ou n'importe quel Marc Levy. « La Peste » (4 millions) le suit presque immédiatement. Et, plus loin, « la Chute » (1,7 million). « Il a toujours gardé un lectorat fidèle, chez les professeurs du second degré notamment », observe l'universitaire Jeanyves Guérin, qui vient de diriger un remarquable « Dictionnaire Albert Camus » (Bouquins, Robert Laffont). Et puis c'est un écrivain acceptable par les classiques et les modernes.» L'écrivain, sans doute, que l'on admirait jusque chez Barthes ou Robbe-Grillet ; mais le penseur ? Il s'agit bien d'une gloire mondiale. «Sa fortune est mondiale, souligne Guérin. C'est toujours à l'étranger qu'il a trouvé ses meilleurs alliés». Et ce n'est pas seulement parce que les Cure disent s'être inspirés de «l'Etranger» pour composer leur premier tube, «Killing an Arab» (1978); ni même parce qu'on doit à un Palestinien, Edward Saïd, une des critiques les plus stimulantes de Camus: la mise à mort du seul Arabe présent dans ses romans lui apparaissait comme l'expression d'un «inconscient colonial». De l'Espagne au Japon, il est l'un des auteurs français les plus étudiés. Son théâtre a été monté par les plus grands, Strehler, Wajda, Bergman, pendant que les Français le boudaient - la création des « Justes » par Stanislas Nordey, en 2010 à la Colline, s'annonçant donc comme un événement. On le traduit partout. Trois ans après sa parution en 1994, « le Premier Homme » était disponible en trente-six langues. « Tous les écrits algériens de Camus ont alors été relus et acceptés, dit Guérin. Il est alors devenu un auteur culte en Algérie. Et tant pis s'il n'était pas pour l'indépendance. Au moins, ce n'était pas un suppôt du FLN, comme Sartre.» |